• Nicolas Mouton: présentation d'un extrait d'entretien avec F. Crémieux.

    En attendant l'article à venir sur Francis Crémieux, voici un bref extrait de sa voix, enregistrée lors d'une de nos rencontres. Je venais, avec le résultat de mes premières recherches solliciter la mémoire de ce grand homme de radio, et, pour la commodité de la conversation ( afin de ne pas s'interrompre à tout instant pour prendre des notes) nous avions convenus d'enregistrer. Cela, évidemment, est aujourd'hui pour moi un document cher à ma mémoire.

    En dépit de sa mauvaise qualité technique (un simple dictaphone posé sur la table) j'en ai sauvé divers extraits. En voilà un, dans lequel Crémieux évoque le premier souvenir qu'il a gardé d'Aragon : un souvenir de radio. Aragon venait de recevoir le prix Renaudot pour son roman "Les Beaux quartiers".
    L'INA ne conserve pas trace de cet interview, qui n'a peut-être pas été enregistrée (ou effacée juste après diffusion). En revanche, le journal l'Humanité la reproduit dans son édition du 12 décembre 1936. En raison de sa rareté - et de sa brièveté - j'en donne la transcription ci-après. Notons que le 17 du même mois, et plus longuement cette fois, Aragon signe dans le quotidien qui l'emploie un très passionnant article au sujet de ce prix : "Et si je disais ce que j'en pense ?"
    Cet exemple suffirait seul à montrer l'intérêt qu'il y a à croiser les textes imprimés, les témoignages et les archives audiovisuelles : un texte perdu ici se retrouve là, que vient commenter un troisième etc. La méthode que je préconise pour étudier Aragon est donc celle-ci : prendre absolument en compte toutes les traces que nous avons, en les observant chronologiquement et sur un laps de temps très court, afin de les obliger à dialoguer. Et ainsi saisir la création et l'homme dans leur développement quotidien.
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    Interview donnée le mercredi soir à Paris P.T.T. :

    - Comment avez-vous été amené à écrire votre roman, "Les Beaux quartiers" ? C'est-à-dire quelle a été l'idée directrice de ce roman ?

    - La considération des divisions profondes qui existent entre les Français et le désir de chercher avec ceux-ci le moyen de faire cesser ces divisions. C'est pourquoi au dernier chapitre des "Beaux quartiers", l'un des héros de ce livre, Armand, découvre un sentiment entièrement nouveau : le patriotisme, dans l'acception la plus élevée de ce mot.

    - Si je vous comprends bien votre livre est à la fois d'inspiration philosophique et politique ?

    - Oui, ce livre est le développement d'un matérialisme agissant et je tiens à féliciter ici le jury du Prix Théophraste Renaudot pour le courage qu'il a montré en couronnant un livre communiste.

    - Votre livre demeure pour moi essentiellement un poème. J'y trouve pour ma part dans le style l'influence de James Joyce et de Céline. Peut-être pourriez-vous me dire qui vous reconnaissez comme vos maîtres ?

    - Je distinguerai, si vous le voulez bien, les maîtres de mon langage et les maîtres de ma pensée. Pour ce qui est du langage je me bornerai à citer au premier rang Arthur Rimbaud et Lautréamont. Pour ce qui est de ma pensée, les maîtres en sont d'abord les matérialistes français, et particulièrement Diderot, et plusieurs écrivains politiques : Marx, Lénine, Staline.

    - Comme je tiens à vous considérer essentiellement comme poète et que vous avez écrit un livre qui s'appelle "Le Traité du style" voudriez-vous me dire quelle est votre conception esthétique de la littérature ?

    - Ma conception de la littérature, comme de tout art, relève essentiellement du réalisme, non pas d'un réalisme primitif comme chez le naturaliste qui se borne à décrire ce qu'il voit. Le réalisme que je défends entend connaître la réalité, la faire connaître et la transformer.

    - Il me reste à vous poser une question traditionnelle. Etes-vous content ?

    - Je ne saurais être pleinement heureux au jour où l'Escorial est bombardé et où le peuple espagnol se trouve sous une menace qui vise également la France.

     

     

     

     

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